La Mine

Entre la Grande Vallée et l’ancienne abbaye de l’Enfourchure, sur la RD 140, longée par le ru Saint Ange dit « de gueule sèche », un petit hameau comprenant un château et une ferme porte le nom de « La Mine ». Ce nom lui vient de ce qu’il a été édifié sur l’emplacement d’un gisement de lignite ; le château est construit sur une butte boisée dominant la route.

Le lignite de Dixmont a été réellement mis au jour en 1785. Ce gîte de lignite est « une masse d’arbres entrecroisés en tous sens, plus ou moins altérés ; souvent ils paraissent assez bien conservés. Quelques-uns offrent un aspect charbonné ; ces arbres, d’après l’examen fait au muséum, sont des châtaigniers. Ils se trouvent dans une masse de bois déjà décomposé dont la couleur générale est noire, avec des parties brillantes mais qui passe souvent au brun, et paraît principalement formé de petites branches et de feuilles dans un état d’altération et de décomposition bien plus avancée que les arbres. Ce lignite noir est le plus souvent d’un aspect terreux et très friable ».

La mine est située en un lieu-dit « Sainte Marie-Léonie » ou la « Fontaine des Brins ». Une tranchée à plein ciel donnant ouverture de la mine remonte à 1792-1793. Elle constitue les premiers travaux qui ont conduit au lignite. Vers 1840, une première société éphémère a fait ouvrir des galeries, commencer des sondages et creuser le puits qui devait sans doute servir à l’extraction. En 1841, une première demande de concession est présentée ; elle n’aboutira pas. D’autres demandes suivront mais n’aboutiront pas non plus.

En 1851, le baron d’Eichtal, homme de finances, devient propriétaire des lieux, il va amorcer la création du domaine Sainte Marie-Léonie. Il dépose une demande de concession qu’il obtiendra en 1854. Durant ces années, il fait procéder à la construction de maisons d’habitation pour le directeur et le contremaître, d’un hangar et de trois fours de carbonisation.

Adolphe d’Eichtal, banquier, préside le conseil d’administration du « chemin de fer de Paris à Saint Germain », il fonde la « compagnie du chemin de fer du Midi », fonde également la « compagnie du gaz du Mans ». Il fut un des initiateurs des caisses de retraite pour les travailleurs. Adolphe d’Eichtal auquel les « études scientifiques et surtout les origines de l’homme n’étaient pas indifférentes » avait réuni une importante collection d’objets en silex taillés ou polis avec l’aide des paysans de Dixmont. Après sa mort, cette collection fut donnée par sa fille au premier président de la Cour d’appel de Dijon, qui, lui-même en fit don au musée de la Commission des Antiquités de Côte d’Or.

Il apportera un concours non négligeable à la construction des écoles publiques. Les bons élèves bénéficieront d’un livret de Caisse d’Epargne.

La propriété Sainte Marie-Léonie couvrit presque 120 hectares. Le château est un ensemble de trois ailes en U. Un rapport de 1915 nous donne le détail des pièces :

  • Au rez-de-chaussée, dix pièces avec accessoires, débarras, office et salle de bains
  • Au 1er étage, seize chambres diverses
  • Au 2ème étage, neuf chambres avec cabinets et débarras
  • Au sous-sol, cuisine, laverie, office, salle à manger pour le personnel, caves, caveaux, deux calorifères.

Il faut y ajouter : communs, écuries, sellerie, deux remises pour six voitures, trois chambres de cocher, hangars, magasins, remises diverses, salle des machines avec chaudière, atelier de scierie, machine à vapeur… une grande serre et un jardin d’hiver avec une grande variété de plantes tropicales.

Plusieurs kiosques, au toit de chaume, étaient disséminés dans un parc où chaque allée avait reçu un nom. Si ces petits pavillons ont disparu, il reste, discrète, dissimulée dans les bois de la rive gauche du ru saint Ange, une jolie gloriette, sorte de petit kiosque à musique.

Sur le domaine, il y avait également une ferme, un potager et un verger.

Monsieur d’Eichtal utilisait le lignite pour chauffer la chaudière d’une machine à vapeur grâce à laquelle des tuyaux élevaient et distribuaient l’eau dans le château, la serre et le potager.

 

 

 

On voit encore la haute cheminée de briques par où s’échappait la fumée du foyer de cette machine ainsi que la maison du mécanicien.

Le domaine resta propriété d’Eichtal jusqu’en 1911. Monsieur Henri BLANCHET, directeur des Mines d’Epinac rachète cette propriété. La première exploitation importante de la mine dure trois ans (de 1er juillet 1917 au 30 juin 1920). Une seconde exploitation fut entreprise au cours de la seconde guerre mondiale (septembre 1941 à la fin de la guerre).

Le 23 décembre 1954, la famille BLANCHET vendra à la commune de Dixmont, le terrain du « point d’eau de la Mine » ou « allée des Wellingtonias » dans la vallée du ru Saint Ange, avec ses deux puits maçonnés, la maison d’habitation du chauffeur, la cheminée et les ruines du hangar qui abritait jadis la machine élévatrice installée par Adolphe d’Eichtal.

En 1956, les actuels propriétaires achètent le domaine de Sainte Marie-Léonie. L’acte notarié porte mention de la cession de la concession minière. La fin officielle de celle-ci sera prononcée le 12 février 1999 par arrêté du secrétaire d’Etat chargé des Mines.

En guise d’épitaphe, la légende de l’Enfourchure… « Non loin des ruines de l’abbaye…était une fontaine selon les uns, selon d’autres un lac sans fond, qui a disparu. On raconte que le fils d’une princesse y perdit la vie et que la mère, pour éviter à d’autres la possibilité d’une douleur semblable à la sienne, fit combler la source en y enfouissant cent arpents de bois… Là serait l’origine, selon la légende, des lignites de Dixmont » (M. Villiers 1858)

Sources : Histoire et géologie de la mine de lignite de Dixmont par Bernard LABESSE

Cahiers du Syndicat d’initiatives de Dixmont par Georges RIBEILL